Un camion rouge et blanc au coin de la place du village. Une bonne odeur de pâte qui cuit, d’origan et de fromage fondu. Des habitants qui se retrouvent, comme autrefois devant l’ancienne boulangerie. Dans l’Eure, un homme de 53 ans redonne vie aux soirs de semaine avec… des pizzas italo-corses. Son nom : Olivier Guérin. Son camion : la Casa di Olivio.
Un ancien boulanger qui a tout plaqué pour un camion à pizzas
Avant de sillonner la vallée de l’Epte, Olivier tenait une boulangerie à Andrésy, dans les Yvelines. Une boutique fixe, une équipe de 9 personnes, le rythme classique d’un artisan. En apparence, tout allait bien. En réalité, les charges explosaient, surtout le prix des matières premières.
Le chocolat qui passe de 70 € les 5 kilos à 160 €. Les factures qui montent, le stress qui suit. Olivier ne se reconnaît plus dans ce quotidien. Il veut revenir à quelque chose de plus simple. Travailler seul, retrouver le contact direct avec les gens, respirer un peu entre deux services.
Alors il prend une décision radicale. Il ferme la boulangerie et transforme sa vie. Fini le fournil, bonjour le food truck. Il se lance dans la pizza, mais pas n’importe comment. Avec son histoire, son exigence de boulanger, et beaucoup d’amour pour les bons produits.
Pourquoi la vallée de l’Epte est devenue son “coin de paradis”
En 2023, Olivier change aussi de décor. Il quitte les Yvelines pour s’installer à Château-sur-Epte, dans l’Eure. Il découvre la vallée de l’Epte. Et là, coup de foudre. Des paysages verts, des villages calmes, des routes tranquilles.
Panilleuse, Bois-Jérôme-Saint-Ouen, Heubécourt-Haricourt, Sainte-Geneviève-lès-Gasny, Écos… Il apprend vite à connaître ces petits villages. Il les connaît “comme sa poche”, comme il dit. Parfois, en fin de service, il a cette sensation étrange : être presque seul au monde, sous le ciel de campagne, avec la lumière du camion comme seul repère.
Ce silence, cette nature, ce rythme plus lent contrastent avec la vie agitée d’une grande ville. Ce cadre de travail, il l’a choisi. Il l’assume, même si ce n’est pas toujours le plus rentable. Pour lui, ce qu’il y gagne sur le plan humain vaut largement quelques soirées plus calmes.
Faire revivre des villages où il n’y a plus de commerce
Dans certains de ces villages, il n’y a plus de boulangerie. Parfois même plus d’épicerie. Juste une mairie, une église, et des maisons. Quand le camion d’Olivier arrive, c’est un peu comme si le village respirait à nouveau le temps d’une soirée.
Il l’avoue sans détour : « Même si ce n’est pas toujours rentable, aller dans les villages compte beaucoup pour moi. » Il sait que pour certains habitants, c’est le seul moment de la semaine où ils croisent leurs voisins. Où ils discutent, en attendant leur pizza, appuyés contre le camion.
Les enfants courent sur la place, les anciens viennent avec leur cabas, certains repartent avec une pizza et un paquet de charcuterie italienne. On échange des nouvelles, on rigole un peu. Une simple soirée pizza, mais beaucoup plus en réalité. Un petit rendez-vous social qui manque dans tant de communes rurales aujourd’hui.
Des pizzas italo-corses, sans ananas ni fantaisie inutile
Olivier ne veut pas “faire comme tout le monde”. Il vient de la boulangerie, il a le respect du produit et du geste. Dans son camion, il travaille avec des produits bruts. La charcuterie vient d’Italie et de Corse. Le fromage aussi. Il est fier de pouvoir dire d’où vient chaque ingrédient.
Vous ne trouverez pas chez lui de pizza à l’ananas ou aux fruits de mer surgelés. Il préfère rester fidèle à ses racines italo-corses et à une cuisine simple. Une pâte bien faite, une sauce tomate généreuse, une belle mozzarella, une charcuterie qui a du goût. Rien de plus, rien de moins.
Et détail intéressant : ces produits, il ne se contente pas de les cuisiner. Il les revend aussi à bord du camion. Un morceau de fromage, un saucisson italien, un peu de coppa corse… Pour ceux qui veulent ramener un bout de Casa di Olivio à la maison.
Une soirée type avec la Casa di Olivio
Imaginez. Il est 18h30 dans un petit village de la vallée de l’Epte. Le camion se gare toujours au même endroit. Devant la mairie, près de l’église, ou près de la salle des fêtes. Les premiers habitués arrivent déjà. Ils savent qu’à 19h, il risque d’y avoir la queue.
Olivier ouvre le comptoir, allume le four, sort la pâte préparée à l’avance. Les commandes commencent à tomber. Il connaît souvent les prénoms. Il sait que Mme X prend toujours la même, et que la famille d’à côté commande deux grandes pizzas à partager.
Service après service, la soirée passe vite. Les gens repartent avec leurs boîtes chaudes entre les mains. Le village retrouve un peu de lumière et d’odeurs gourmandes. Quand le camion s’éloigne, vers 21h ou 22h, la place redevient silencieuse, mais l’ambiance du soir reste dans les maisons.
Envie de tester ? Exemple de recette de pizza “à la façon Casa di Olivio”
Vous avez envie de ressentir un peu de cette ambiance chez vous, en attendant le passage du camion ? Voici une idée de pizza maison simple, inspirée de l’esprit italo-corse d’Olivier. Rien d’officiel, bien sûr, mais proche de ce qu’il aime : le produit avant tout.
Ingrédients pour 2 pizzas (2 à 3 personnes)
- 250 g de farine de blé (type 00 ou T55)
- 150 ml d’eau tiède
- 5 g de levure boulangère sèche ou 10 g de levure fraîche
- 1 c. à soupe d’huile d’olive
- 1/2 c. à café de sel
- 200 g de pulpe de tomate en boîte ou de passata
- 1 gousse d’ail écrasée
- 1 c. à soupe d’huile d’olive pour la sauce
- 1 c. à café d’origan séché
- 200 g de mozzarella de bonne qualité
- 60 g de coppa ou de lonzu (charcuterie corse), en fines tranches
- Quelques feuilles de basilic frais (facultatif mais délicieux)
Préparation étape par étape
- Dans un bol, mélangez l’eau tiède et la levure. Laissez reposer 5 minutes.
- Dans un saladier, versez la farine et le sel. Ajoutez l’eau avec la levure et l’huile d’olive. Mélangez puis pétrissez environ 8 à 10 minutes, jusqu’à obtenir une pâte souple.
- Formez une boule, couvrez avec un torchon propre. Laissez lever 1 h à température ambiante, la pâte doit presque doubler de volume.
- Pendant ce temps, préparez la sauce : mélangez la pulpe de tomate, l’ail écrasé, l’huile d’olive et l’origan. Salez légèrement.
- Préchauffez votre four au maximum, idéalement 240 à 250°C.
- Dégazez la pâte, divisez-la en deux boules. Étalez chaque boule finement sur une plaque légèrement farinée.
- Étalez une fine couche de sauce tomate. Ajoutez la mozzarella égouttée et coupée en tranches. Disposez la coppa par-dessus.
- Enfournez 8 à 12 minutes, selon votre four, jusqu’à ce que les bords soient bien dorés.
- Ajoutez quelques feuilles de basilic frais à la sortie du four. Laissez reposer 2 minutes. Dégustez bien chaud.
Des pizzas, mais aussi des mariages, anniversaires et fêtes de village
Peu à peu, Olivier ne s’est pas contenté des soirs de villages. Il a développé une autre activité avec son camion : les événements privés et les fêtes locales. Mariages, anniversaires, fêtes de la musique, marchés de Noël, brocantes… Il adapte sa prestation à chaque demande.
Pour un mariage, il peut imaginer une carte spéciale, avec quelques recettes choisies par les mariés. Pour un anniversaire, il prévoit un rythme plus détendu, pour que tout le monde puisse profiter. Pour un marché de Noël, il fait face à la file non-stop, dans le froid, mais avec cette ambiance unique des fêtes de fin d’année.
Ce qui revient toujours, c’est cette idée d’être là où les gens se retrouvent. D’apporter quelque chose de simple, mais qui fait plaisir à tout le monde. Une bonne pizza, faite devant vous, partagée à plusieurs.
Comment retrouver la Casa di Olivio dans l’Eure
Si vous habitez près de Vernon ou dans la vallée de l’Epte, vous avez peut-être déjà vu passer ce camion. Pour savoir où il sera la semaine prochaine, rien de compliqué.
- Consulter sa page Facebook “Casa di Olivio” pour les lieux et les dates de passage
- L’appeler directement au 06 33 87 52 32
- Le contacter par mail pour un événement : [email protected]
Derrière ce camion, il n’y a pas une grande chaîne ni un concept marketing. Il y a un homme, son parcours parfois compliqué, son choix courageux de tout recommencer, et sa passion pour la gastronomie italienne et corse.
La prochaine fois que vous verrez un food truck sur la place d’un village, vous n’y verrez peut-être plus seulement de la “restauration rapide”. Vous y verrez aussi un petit bout de vie locale qui résiste. Comme la Casa di Olivio dans les villages de l’Eure.










